L’impact des déjections humaines sur les eaux usées : un enjeu sanitaire et écologique majeur

L’impact des déjections humaines sur les eaux usées : un enjeu sanitaire et écologique majeur

Les systèmes d’assainissement centralisés, utilisés dans la majorité des pays développés, gèrent chaque jour des milliards de litres d’eaux usées mélangées à des déjections humaines (urines et fèces). Ce modèle pose de multiples défis : environnementaux, logistiques, financiers et surtout bactériologiques. En effet, les déjections humaines sont riches en micro-organismes, dont certains sont pathogènes, représentant un danger pour la santé humaine et l’écosystème. La collecte séparative des déjections à la source apparaît alors comme une solution innovante et durable.

1. Les déjections humaines, un vecteur de pollution bactériologique

Chaque individu produit annuellement en moyenne 50 kg de fèces et 500 litres d’urine. Ces matières, bien que naturellement biodégradables, contiennent des millions de micro-organismes par gramme, parmi lesquels de nombreuses bactéries pathogènes, virus et parasites.

Parmi les bactéries les plus courantes dans les déjections humaines, on retrouve :

  • Escherichia coli : Cette bactérie, souvent utilisée comme indicateur de contamination fécale dans l’eau, peut provoquer des infections gastro-intestinales graves chez l’humain.
  • Salmonella spp. : Responsable de la salmonellose, une maladie infectieuse qui cause des diarrhées, des fièvres et, dans les cas graves, des complications systémiques.
  • Shigella spp. : Associée à la dysenterie bactérienne, elle est extrêmement virulente et peut entraîner une déshydratation sévère, voire la mort.
  • Clostridium difficile : Souvent résistante aux antibiotiques, elle est à l’origine de diarrhées et de colites graves, surtout chez les patients immunodéprimés.

En plus des bactéries, les fèces contiennent des virus (comme le rotavirus ou les norovirus, responsables de gastro-entérites) et des parasites (Giardia, Cryptosporidium) qui survivent longtemps dans les environnements aquatiques.

2. Les impacts sanitaires et environnementaux des déjections humaines

Lorsque les déjections humaines sont mélangées aux eaux usées sans traitement adapté, elles deviennent une source importante de pollution :

Pour l’homme

  • Contamination des eaux de consommation : Dans les régions où le traitement des eaux usées est insuffisant, les pathogènes présents dans les déjections humaines contaminent les nappes phréatiques et les cours d’eau. Selon l’OMS, près de 2 milliards de personnes dans le monde consomment encore de l’eau contaminée par des matières fécales, provoquant 485 000 décès par an liés aux maladies diarrhéiques.
  • Antibiorésistance : Les déjections humaines véhiculent également des résidus d’antibiotiques et des gènes de résistance. Ces derniers se propagent dans les écosystèmes aquatiques, augmentant le risque de développement de bactéries multirésistantes.

Pour l’environnement

  • Pollution des sols et des eaux : La présence d’E. coli ou de Salmonella dans les sols et cours d’eau affecte la biodiversité aquatique. Les écosystèmes marins et d’eau douce subissent un stress accru, entraînant la disparition de certaines espèces sensibles.
  • Eutrophisation : Les nutriments contenus dans l’urine (azote et phosphore) stimulent une prolifération excessive des algues, réduisant l’oxygène disponible pour les organismes aquatiques. Ce phénomène conduit à des zones mortes, notamment dans les estuaires et les littoraux.
  • Déséquilibre microbien des sols : Une exposition prolongée aux pathogènes et aux antibiotiques peut perturber les écosystèmes microbiens du sol, essentiels à la fertilité et à la santé des cultures.

3. Les limites des systèmes d’assainissement actuels

Les stations d’épuration conventionnelles sont conçues pour traiter les nutriments et une partie des pathogènes. Cependant, elles ne sont pas totalement efficaces pour éliminer :

  • Les bactéries multirésistantes, qui survivent aux traitements chimiques classiques.
  • Les parasites et certains virus, qui nécessitent des procédés spécifiques comme la filtration membranaire ou l’irradiation UV.

Une étude menée par l’UNICEF montre que 10 à 20 % des eaux usées traitées contiennent encore des niveaux dangereux de pathogènes, particulièrement dans les pays où les infrastructures sont vieillissantes ou mal entretenues.

4. La collecte séparative des déjections : une solution intégrée

La collecte séparative consiste à séparer les urines et les fèces à la source, grâce à des toilettes spécialement conçues, avant leur mélange avec d’autres eaux usées. Cette approche offre plusieurs avantages :

  • Réduction des risques pathogènes : En isolant les déjections, on évite leur dispersion dans les réseaux d’assainissement et leur rejet dans les milieux naturels.
  • Traitement ciblé : Les matières collectées peuvent être désinfectées et valorisées séparément, par compostage pour les fèces ou transformation des urines en engrais (comme démontré par le projet VUNA en Suisse).
  • Valorisation écologique : L’urine, riche en azote et phosphore, peut être utilisée directement comme fertilisant, tandis que les matières fécales peuvent être digérées pour produire du biogaz ou du compost hygiénisé.

5. Une transition nécessaire pour protéger la santé et l’environnement

Face à l’ampleur de la pollution bactériologique et à ses impacts, la collecte séparative apparaît comme une solution clé. Des études montrent que cette approche pourrait réduire de 60 à 90 % la charge bactérienne des eaux usées, tout en valorisant les nutriments.

Exemples réussis

  • En Suède, des communautés pilotes utilisent des toilettes séparatives pour produire des engrais riches en phosphore, réduisant ainsi l’impact sur les stations d’épuration locales.
  • Au Kenya, un projet de l’ONG Sanergy transforme les déchets fécaux collectés dans des quartiers précaires en compost agricole, tout en réduisant les maladies diarrhéiques.

6. Les défis à relever pour une adoption massive

Pour généraliser la collecte séparative, il reste des obstacles à surmonter :

  • Sensibilisation : L’acceptation sociale de nouveaux dispositifs comme les toilettes séparatives nécessite des campagnes d’éducation sur leurs bénéfices.
  • Adaptation des infrastructures : Intégrer ces technologies dans les bâtiments existants demande des investissements initiaux importants.
  • Normes et régulations : Les cadres juridiques doivent évoluer pour reconnaître la collecte séparative comme un modèle viable et promouvoir sa mise en œuvre.

7. Conclure pour l’avenir

En reconsidérant notre approche de la gestion des déjections humaines, nous avons l’opportunité de transformer une source majeure de pollution en une ressource précieuse. La collecte séparative s’inscrit dans cette vision d’un système d’assainissement circulaire, plus respectueux de l’environnement et de la santé humaine.

Adopter cette transition, c’est investir dans un avenir où la santé publique et la biodiversité seront mieux préservées. En agissant dès maintenant, nous pourrons construire des villes et des communautés résilientes face aux défis sanitaires et écologiques du XXIe siècle.


Sources :

  • Organisation mondiale de la santé (OMS) : "L’impact sanitaire de l’eau contaminée par des matières fécales" (2022).
  • UNICEF : "Rapport mondial sur les infrastructures d’assainissement" (2021).
  • Projet VUNA (Université ETH Zurich).
  • Institut Pasteur : "Microbiologie des eaux usées et antibiorésistance".
  • Agence de l’eau France : "Coûts et enjeux du traitement des eaux usées".
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